La position du Mali face à la situation au Niger.


 


Que cherche donc le Mali au Niger ?
C'est la question que se posent actuellement nombre de nos concitoyens. Notre pays s'est en effet distingué par une condamnation intransigeante du coup d'État intervenu dans ce pays, le 9 avril dernier. Dans un entretien à bâtons rompus, le Ministre des Affaires Etrangères et des Maliens de l'Extérieur Modibo Sidibé a expliqué à l'Essor et à l'ORTM les différentes raisons qui sous-tendent la fermeté de notre pays vis à vis
de la junte militaire qui dirige actuellement l'État voisin au nôtre.

La position malienne s'explique avant tout par des questions de principe, a rappelé le Ministre. Dès 1963 la Charte de l'OUA demandait aux Etats africains de s'engager sans réserve dans la voie démocratique et de l'État de droit. Le Mali démocratique lui-même a inscrit dans sa Constitution que le coup d'État est un crime imprescriptible contre le peuple malien.
Le traité de la CEDEAO en même temps qu'il pause les principes de la souveraineté des peuples et engage les États à s'engager dans la voie
de la démocratie et de l'État de droit. Le Mali est donc fidèle à ses engagements vis à vis de son peuple et de ses engagements internationaux lorsqu'il refuse de rester indifférent face à la situation au Niger.

Notre pays n'est d'ailleurs pas seul dans son combat, a précisé le Ministre en rappelant les décisions prises au récent sommet de la Comessa à Tripoli et à celui de l'ANAD, il y a quelques jours à Dakar. Notre pays module d'ailleurs ses objectifs selon les circonstances. Il n'avait pu obtenir la suspension de la délégation nigérienne à la rencontre des Ministres des finances de la Zone Franc à Dakar et à la rencontre de Ouagadougou sur Air Afrique.

Il a par conséquent réussi à faire en sorte que la question nigérienne
soit inscrite à l'ordre du jour de ces deux rencontres. Celles-ci ont dans
leurs déclarations finales condamné le coup d'État et réclamé le retour
de la légalité constitutionnelle au Niger. Arriver à inscrire la question à
ces forums est déjà important, estime le Ministre qui en plus pense que face à la gravité de ce qui est arrivé chez le voisin, il faut aller au-delà
de la simple condamnation.

C'est dans ce sens que s'inscrit la demande de suspension des délégations nigériennes qui sont l'émanation de la junte militaire.
Modibo Sidibé a tenu à donner les précisions indispensables sur l'action diplomatique malienne. Il s'agit uniquement
de la suspension de la participation du Niger comme cela a été décidé
au sommet de la COMESSA. Mais le Niger doit continuer à faire partie de ces organisations dont les activités bénéficient au peuple nigérien. N'y
a-t-il cependant pas de risques à ce que le Mali se mette à dos un de
ces principaux voisins ?
A cette question, le Ministre a répondu que le Mali et le Niger entretiennent des liens intangibles auxquels le Mali est attaché et auxquels le peuple nigérien est attaché. La communauté malienne au Niger vit en paix dans le respect des lois de ce pays. Et les deux peuples continueront à entretenir des liens d'amitié.

Il faut faire la différence entre l'action politique et les relations entre les deux peuples au renforcement desquelles le Mali oeuvrera sans relâche. Pour Modibo Sidibé, l'action diplomatique malienne ne saurait être assimilé à une ingérence dans les affaires intérieures du Niger. Toute politique nationale ou internationale s'inscrit dans un environnement
bien donné. Le Mali comme d'autre pays de la sous région est obligé
de suivre le développement de la situation chez notre voisin et de porter un jugement sur elle. Il faut donc faire en sorte que les actes révolus
du genre de ce qui est arrivé au Niger ne reproduise plus dans la sous régional.

L'annonce par les nouvelles autorités d'un calendrier précis de retour à une vie constitutionnelle normale ne doit-il pas amener le Mali à un peu adoucir sa position ? Notre pays ne se fie pas à de simples professions de foi, a répondu le Ministre. De toute façon, l'objectif recherché par le Mali est le retour de la démocratie au Niger. Notre pays jugera donc la junte sur ses actes. Mais en attendant, il continuera à faire pression.
Le Mali est-il prêt à recevoir une éventuelle délégation nigérienne ?
La porte du Mali n'est fermée à personne. Si il arrivait que le Niger décide d'envoyer une délégation chez nous, les autorités examineront la situation en fonction des circonstances.

L'échec de l'initiative malienne de renvoyer de la salle lors des rencontres de l'UEMOA et de Air Afrique ne signifie-t-il pas que les autres pays de la sous régional se démarquaient de la position du Mali ? le Ministre Sidibé ne le pense pas. Car la plupart des pays qui participaient à ces rencontres étaient présents au sommet du COMESSA et de la réunion de l'ANAD, rencontre où le Mali a eu gain de cause. Certains pays ont seulement estimé que l'UEMOA et Air Afrique sont des forums de discussion de questions purement économiques et qu'il n'y a pas lieu d'introduire des thèmes politiques inusités à leur ordre du jour. Tout en respectant le jugement des autres, le Ministre Sidibé pense qu'on ne saurait dissocier l'économie et la politique.

De toute façon, estime le Ministre, la principale question est de savoir si le message que le Mali veut véhiculer possède un sens ? Si, ce message est vraiment important pour le devenir des peuples de la sous régional ? Les réponses à ces différentes questions sont positives, selon Modibo Sidibé pour le simple fait même que le problème nigérien arrive à être discuté à ces différents forums. Cela est déjà un acte politique majeur car on arrive à faire prendre conscience aux uns et aux autres de la gravité de la situation pour l'ensemble des pays de la sous-région.

Pour le Ministre, l'intégration de nos pays implique non seulement une certaine convergence aux plans économique et politique. On ne saurait donc accepter ce qui est arrivé au Niger sous
prétexte qu'il s'agit des problèmes internes d'un État souverain.
D'ailleurs à ceux qui estime que le Mali s'impose dans les affaires intérieures du Niger, Modibo Sidibé rappelle que le Niger dispose actuellement d'un contingent en Guinée Bissau au nom de la défense de la légalité républicaine dans ce pays.

S. TOGOLA

L'ESSOR Quotidien du 29 avril 1999


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